Le ‘De scientiis Alfarabii’ de Gérarde de Crémone

 

 

A. Galonnier (ed.), Le De scientiis Alfarabii de Gérarde de Crémone. Contributions aux problèmes de l’acculturation au XIIe siècle. Étude introductive et édition critique, traduite et annotée,
Brepols (Nutrix, 9), Turnhout 2016, pp. 500, ISBN: 978-2-503-52860-1, Nutrix 10, € 100.00

Gérard de Crémone ( XIIe s.) fut un traducteur possédé par une passion acculturante à laquelle il n’eut de cesse de tout sacrifier. Adepte de la traduction dite «mimétique», il constitue l’un des maillons essentiels de la chaîne des savoirs scientifiques et philosophiques médiévaux, qui se révèle déterminant pour préciser la manière dont l’ensemble des courants intellectuels grec, arabe et latin ont joué l’un sur l’autre dans la diffusion, l’assimilation et la transformation des instruments, méthodes et systèmes de pensée. À ce titre, sa version (De scientiis) du Recensement des sciences d’al-Farabî est d’autant plus intéressante qu’elle entra en concurrence directe avec celle de son contemporain et rival Dominicus Gundissalinus, partisan d’une traduction dite «confiscatrice». En procurant la première editio maior, fondée sur 4 manuscrits «complets», traduite et annotée, notre intention est d’apporter une contribution non seulement à l’élaboration du corpus gérardien, mais aussi à l’histoire des processus acculturants au Moyen Âge. Dans l’importante étude qui la précède, la confrontation des traductions gérardienne et gondissalinienne nous a entre autres permis, en évaluant la distance qui les sépare l’une de l’autre, de mesurer toute l’incidence qu’un même contexte socio-culturel peut avoir sur deux sensibilités d’érudit de nature assez différente, voire opposée, et de montrer en quoi et dans quelle proportion elle a pu conditionner l’histoire de la réception du texte farabien dans la tradition latine des XIIIe et XIVe siècles principalement.

Alain Galonnier (1957), Directeur de recherche au CNRS à Villejuif (Centre Jean Pépin et équipe THETA), s’est spécialisé dans le transfert des savoirs et l’hybridation des cultures au Moyen Âge (Ve -XIIe s.), notamment à travers la problématique de la réception du Néoplatonisme. Il a publié plusieurs traductions, introduites et annotées, entre autres de traités de saint Anselme de Cantorbéry, de l’Anecdoton Holderi, des Opuscula Sacra de Boèce en deux volumes, et du De anima de Cassiodore, sur la base d’une édition révisée. Il prépare également une traduction, introduite et annotée de la Consolatio Philosophiae de Boèce, et une seconde des Opuscula sacra, ainsi que celle des Écrits antisarrasins de Pierre le Vénérable.

 In copertina: Aristote, Physique, III, trois traductions latines en synopse (Jacques de Venise, Gérard de Crémone, Michel Scot), Ms. Paris, Bibliothèque Nationale de France, Lat. 16141, f. 47r